9 ruses pour encourager vos élèves à poser des questions

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La curiosité d’un enfant est sans limite. Les “pourquoi” fusent. Lorsqu’il grandit, le challenge est de taille pour ses enseignants : comment l’aider à canaliser ses idées tout en continuant à poser des questions ?

A 10 ans, un enfant s’émerveille moins. Son attitude devient plus résignée, basée sur la volonté de ne pas déplaire aux adultes ni d’attirer l’attention. La société inhibe nos enfants : ils n’ont pas à poser des questions, d’autres personnes, plus sages, leur fourniront tout ce qu’il y a à savoir.

Bien entendu, vu sous cet angle, peu d’entre-nous ont envie de reproduire ce schéma. Nous savons qu’il est dans l’intérêt des enfants du 21ème siècle d’acquérir un esprit critique – et cela implique qu’ils sachent non seulement poser des questions, mais aussi, et surtout, poser les bonnes. L’école reste avant tout l’endroit où l’on transmet l’information, et cette information est généralement sélectionnée par des adultes, qui déterminent ce qui doit être transmis aux générations futures. L’enseignement laisse donc peu de place au questionnement, car nous sommes trop occupés à donner ce que nous estimons être les bonnes réponses. Au final, les élèves retiennent que les questions ne sont pas les bienvenues, et en posent de moins en moins.

Ask questions - generate questions

Posez des questions ! 
> pour assouvir votre curiosité
> pour comprendre ce qui va arriver
> pour éclaircir les choses

Les enseignants comprennent de plus en plus que le questionnement est une qualité à soutenir. Comment faire ? Voici 9 façons d’encourager les élèves à poser des questions.

01. Suscitez la curiosité avec un “mur de questions”

Ask questions - wonderwall

Mur de questions
Qu’est-ce-qui attise ta curiosité ?

Désormais, de nombreux enseignants utilisent un panneau tel que celui-ci, qui permet aux élèves de la classe de poser des questions sous forme de vignette, tout au long de l’année. Ces questions peuvent être le point de départ d’une recherche indépendante, de projets de type “Genious Hour” (projet passions), ou de discussions collectives. C’est un bon moyen de donner la parole aux élèves, tout en découvrant leurs centres d’intérêts et leurs préoccupations. 

Cela peut faire partie d’une réorganisation de votre salle de classe !

02. Jouez au Jeopardy (voici la réponse, retrouve la question)

Ask questions - this is the answer

Quelle question amène à cette réponse ?

Avec ce type de panneau interactif, l’enseignant donne une réponse. Les élèves doivent alors imaginer la question correspondante. C’est un très bon moyen d’introduire une leçon et d’évaluer les connaissances des élèves. Une fois qu’ils ont acquis les stratégies pour poser des questions judicieuses (voir ci-dessous), vous pouvez utiliser cette technique comme exercice ou comme évaluation.

03. Utilisez les livres pour poser des questions

Certains livres provoquent à coup sûr des interrogations chez les élèves. Par exemple, je crois que j’avais plus de questions qu’il n’y avait de pages quand j’ai lu pour la première fois Alice au pays des merveilles. En lisant un livre à voix haute, parents et professeurs peuvent stimuler la motivation et encourager les élèves à poser des questions. Il faut alors leur montrer qu’il est normal de s’interroger et que les questions favorisent la compréhension de texte. Pour vous aider à démarrer, voici une liste d’excellents ouvrages établie par Becky Spence.

04. Enseignez la différence entre question ouverte et question fermée

Ask questions - thick and thin

Poser des questions ouvertes ou fermées

Inciter les élèves à poser des questions est une première étape, mais il est plus important encore de leur apprendre à identifier le type de question qu’ils posent. Le plus simple est de parler de question ouverte ou fermée.
> Poser une question fermée c’est ce qu’on appelle aujourd’hui “Google-iser”. La réponse est facile à trouver dans un livre ou sur Internet : on peut y répondre par oui ou non.
> Une question ouverte demande de la réflexion et, bien souvent, n’amène pas une unique réponse. Elles sont parfaites pour la discussion et les projets de recherche.

Pour mieux comprendre la différence entre question ouverte et fermée, regardez cette vidéo de Kayla Kitterman

05. Utilisez la taxonomie de Bloom

Ask questions - blooms

Mémoriser – Analyser
Comprendre – Evaluer
Appliquer – Créer

Même vous, les enseignants, serez amenés à améliorer votre propre questionnement en utilisant le niveau le plus élevé de la taxonomie de Bloom ! Les élèves peuvent parfaitement l’utiliser. Cet article du blog Socrative Garden propose des exemples, que les élèves peuvent utiliser en fonction de leur niveau d’acquisition pour écrire leurs test, quizz, ou sujet d’étude. Si vous et/ou vos élèves avez besoin de pratique concernant la taxonomie de Bloom, l’application Stick Pick vous fournira des questions aléatoires à discuter en classe.

06. Apportez de la profondeur et de la complexité avec Kaplan

Ask questions - depth and complexity

Jargon
Valeurs éthiques
Autres perspectives
Organisation  (structure, répétitions…)

Le Dr Sandra Kaplan a mis au point des icônes de la profondeur et de la complexité pour aider les élèves à dépasser la simple compréhension d’un sujet. Dans les classes où ce type d’icônes est omniprésent, les élèves sont invités à les utiliser dans différentes circonstances ou pour différents sujets. Depuis la mise en perspective d’une guerre mondiale, jusqu’à l’éthique du Petit Chaperon Rouge ! Pour l’anecdote, une de ces icônes a été aussi créée pour les “questions sans réponse”. Dans cet article de blog de Joelle Trayers, vous constaterez que même des enfants de maternelle peuvent mener une réflexion complexe à partir d’une photographie et des “questions sans réponse”.

Une fois que les élèves ont compris la signification des icônes et ont travaillé sur plusieurs exemples, les plus âgés peuvent développer leurs propres projets d’étude grâce à l’outil Differentiator de Ian Byrd. Vous pouvez aussi leur demander de poser des questions liées aux icônes et de les soumettre à leurs camarades de classe.

07. Utilisez des questions du type “Et si ?”

Ask questions - What if I ask for help

Demande
Et si

“Avec des “si”, on mettrait Paris en bouteille”. Pourtant, ces questions sont loin d’être idiotes ou irréalistes. “Et si la pluie inonde notre classe ?” pourrait demander un élève un jour d’orage. Et je répondrais, rassurante, “Pas d’inquiétude, ça n’arrivera pas”. Mais que se passerait-il si je poussais le questionnement plus loin ? Si je demandais “Et bien, quelle hauteur d’eau faudrait-il avant que nous ayons besoin d’un bateau pour sortir d’ici ?” plutôt que d’écarter la question, la classe se retrouverait avec un problème de math très intéressant à résoudre.

Le site XKCD.com propose une section où les lecteurs peuvent émettre des hypothèses improbables et obtiennent une réponse scientifique à leur question. Par exemple, un lecteur voulait savoir ce qui arriverait “ si on faisait passer les chutes du Niagara dans une paille”.

Le professeur Carla Federman demande à ses élèves de mener des projets de recherche basés sur des questions de type “et si”. “Et si les méthodes de McCarthy n’avaient pas été dénoncées à la télévision ?” s’est ainsi interrogé un élève. Un autre s’est demandé ce qui se serait passé “si la lettre d’Albert Einstein au président Roosevelt avait été interceptée par les soviétiques en 1939 ?” Les élèves doivent alors évaluer les conséquences à court et à long terme, tout en montrant leur compréhension du contexte historique. Cela illustre parfaitement la façon dont les questions des élèves peuvent créer l’intérêt et stimuler la motivation pour les activités pédagogiques. Pour plus d’informations et de ressources sur la réflexion à partir d’hypothèses, consultez cet article de Larry Ferlazzo.

Nous n’avons pas toujours le temps de nous laisser entraîner par ces interrogations, mais si nous prenons le temps d’y répondre occasionnellement, nous montrerons à nos élèves le pouvoir de la réflexion, sur ces questions que même les grands penseurs se sont posés. Cela participera à motiver vos élèves, comme l’explique cet article.

08. Organisez des séminaires socratiques

Ask questions - socratic questions

Questions qui lancent la discussion
Pourquoi as-tu dit cela ?
Pour quelles raisons penses-tu cela ?
Que voulais-tu dire ?
Comment le sais-tu ?

Dans son livre “Inquiry and the Literary Text : Constructing Discussion in the the English Classroom” (La question et le texte littéraire : construire la discussion dans les salles de classes), Israel Elfie explique que “ le séminaire socratique est une discussion formelle, basée sur un texte, au cours de laquelle l’animateur doit poser des questions ouvertes. Les élèves écoutent attentivement les commentaires de chacun, portent un regard critique sur eux même, et articulent leurs pensées et leurs réponses avec celles de leurs camarades. Ils apprennent ainsi le travail collaboratif et le questionnement intelligent et respectueux.

J’ai assisté à des séminaires socratiques très différents, mais la forme la plus efficace est de laisser les élèves mener eux-même le débat. C’est-à dire qu’ils doivent poser des questions efficaces pour mener un débat constructif autour du sujet. La méthodologie du site Facing History décrit les grandes lignes de l’organisation et de l’exécution d’un séminaire socratique.

Une autre façon d’utiliser le séminaire socratique dans la classe est de pratiquer ce qu’on appelle le “Socratic Smackdown” (jeu libre sur l’argumentation). Je l’ai pratiqué plusieurs fois avec mes élèves de primaire et ils ont beaucoup aimé. Cela les a aidé à identifier comment poser des questions pour faire avancer la discussion. Il me semble que cette métacognition est essentielle à la pensée critique.

09. Créez les conditions propices à la réflexion

Ask questions - reflection

7 questions à se poser pour profiter d’un retour d’expérience 
A quoi a servi la critique ?
Quelles affirmations ou appréciations ont été partagées ?
Quelles actions ont été envisagées ?
Comment suis-je perçu(e) ?
En quoi cela concorde avec la manière dont j’aimerais être perçu(e) ?
Sur quels points ce retour m’a-t-il surpris(e) ?
En quoi ce retour me confirme-t-il dans ce que je cherche déjà à améliorer en moi ?

Il n’est pas seulement important de poser des questions aux autres, il faut aussi s’interroger sur nous même et notre travail. Les enseignants ont l’habitude d’avoir des élèves qui finissent vite et font beaucoup d’erreurs. Demander à ces élèves de vérifier leurs résultats peut demander du temps et est rarement efficace, si on ne leur a pas expliqué comment évaluer eux-même leur travail. En donnant aux élèves le temps et les moyens de réfléchir, nous leur enseignons une compétence très utile : l’auto-évaluation.

Il est également important de montrer qu’il vaut mieux fournir un travail de qualité, plutôt que d’aller vite sans réfléchir, même si les évaluations doivent être finies à temps. Voyez ci-dessous le modèle de réflexion basé sur la taxonomie de Bloom, que vous pouvez soumettre aux élèves à la fin de leur travail.

Ask questions - bloomsreflection

La taxonomie de la réflexion

CREER : que dois-je faire ensuite ?
EVALUER : qu’ai-je fait de bien ?
ANALYSER : quelle était la logique de ce que j’ai fait ?
APPLIQUER : où/comment vais réutiliser ce que j’ai fait ?
COMPRENDRE : qu’est ce qui a été important ?
MEMORISER : qu’ai -je fait ?

Les ordinateurs sont inutiles

Les ordinateurs sont inutiles : ils ne donnent que les réponses”, a dit Pablo Picasso. Même si les ordinateurs ont progressé depuis, cette idée reste d’actualité. Un des atouts de l’humain sur la machine, c’est sa capacité à s’émerveiller et à imaginer différents champs du possible. Lisez cet article pour envisager comment pousser la créativité de votre classe, sans ressources numériques. Les ordinateurs auraient bien du mal à répondre à une question du type “Et si”. Ils connaissent les réponses aux questions déjà posées, mais pas aux questions inédites.

Notre tâche, en temps qu’enseignants, est de montrer aux élèves comment s’affranchir de l’ordinateur, qui doit rester un outil d’exploration et d’apprentissage, plutôt qu’un deuxième cerveau. Se poser des questions, c’est essentiel, comme le dit ce proverbe chinois : “Celui qui pose une question aura l’air bête cinq minutes, celui qui ne pose aucune question restera bête toute sa vie.

Impliquez vos élèves dans un projet créatif

Et si vous commenciez ici ?
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Terri Eichholz teaches gifted students in Kinder through 5th grades in San Antonio, TX. She's been an educator for 24 years, and is a proponent of guiding students to create, problem-solve, and personalize their own learning. You can read more on her blog, "Engage Their Minds," or follow her on Twitter (@terrieichholz).

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